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Il était une fois Guinguinéo ou l’avenir en pointillés du train au Sénégal

Podcast sonore réalisé par :
Gilles Balizet
Sylvie Bredeloup
Jérôme Lombard

Personnel LPED impliqué

  • BALIZET Gilles - Doctorant contractuel en Sociologie LPED-IRD / Aix Marseille Université (2019-2022) - Ecole Doctorale Espaces, cultures, sociétés - Allocataire de l'IC Migrations. gilles.balizet ird.fr
  • BREDELOUP Sylvie - Socio-anthropologue, docteur de l’École des hautes études en sciences sociales (Centre d’études africaines, Paris), HDR, directrice de recherches à l’IRD.

Pour écouter le podcast : il était une fois Guinguinéo

Note de présentation

Depuis longtemps déjà nos chemins se croisent. L’idée ici est de ralentir et de faire un pas de côté pour mettre en lumière des processus, des idées qui étaient demeurés enfouis. Surgit l’envie de prendre le contrepied de nos parcours récents et des injonctions contraignantes.

Ralentir, oui, mais aussi laisser la place au hasard, se faire plaisir en quittant les sentiers battus, en cette période trouble où tout nous porterait à travailler à distance et à recourir à l’autre pour accéder au terrain. Il nous semble encore plus impérieux, dans ce moment qui édicte ce qui est essentiel de ce qui ne l’est pas, de promouvoir le superflu, de réassembler des histoires entraperçues hier, des idées dispersées, afin d’en proposer une nouvelle lecture.

Profitant d’un terrain commun au Sénégal, nous avons comme objectif de connecter autrement transport, mobilité et migration. Partir à Kaolack, l’ancienne capitale de l’arachide, à 200 kms de Dakar, c’est aller à la rencontre d’une ville trépidante. Double surprise à l’arrivée : le concert assourdissant des camions maliens qui se croisent en direction du Mali, la cacophonie des vélos-taxis et surtout la disparition des rails et la destruction de la gare.

Par un contraste saisissant, le silence et la torpeur semblent avoir gagné Guinguinéo, l’ancienne escale ferroviaire toute proche, pivot du réseau ferré sénégalais aujourd’hui en désuétude, qui a attiré à l’époque coloniale maisons de commerce françaises et travailleurs saisonniers de toute l’Afrique occidentale française.
Enregistrer et mettre en musique les récits de ceux que nous rencontré apparaît alors comme une évidence pour continuer l’histoire de ce chemin de fer. Le son plus que l’image est à privilégier dans cette région où la moindre illustration peut nous ramener à l’époque florissante de l’économie de l’arachide, dans l’immédiat après-guerre et à des représentations surannées et idéalisées du passé. Nous nous déplaçons à l’endroit le plus oublié de la région afin de proposer un regard décalé sur l’avenir du rail au Sénégal.

Chacun semble garder l’espoir d’un regain d’activité qui ne se réduirait pas au projet présidentiel de train express Dakar-Diamniadio bientôt ouvert au public. A Guinguinéo, les cantonniers continuent inlassablement d’entretenir des voies définitivement dégradées ; le policier du rail, sentinelle improbable, persiste à assurer la sécurité de hangars désaffectés. Des cheminots évoquent avec nostalgie la chanson, Arrigoni Départ, pour ré-enchanter le chemin de fer disparu. Cette mélodie lancinante rappelle l’âge d’or de l’autorail Kaolack Guinguinéo Dakar. Elle emprunte sa signification à la couleur rouge tomate des wagons, qui est aussi la couleur des conserves italiennes de la marque Arrigoni.

Arrigoni Départ, c’est un rythme sereer qui conte en wolof l’histoire d’une jeune femme peul partie par le train et qui ne reverra plus son fiancé éploré. Un renversement de perspective étonnant : c’est la jeune femme qui prend l’initiative de partir et c’est l’homme qui, resté sur le quai, montre son chagrin.
C’est en suivant ce fil qu’avec les musiciens de l’orchestre national du Sénégal, les musiciens et comédiens du studio d’Ëpoukay nous avons mis en commun notre envie de travailler lentement, ndank ndank. Au jour le jour, ces artistes tentent de redonner noblesse et vigueur à des musiques et chansons oubliés, tablant sur une collaboration entre jeunes et anciens, les premiers voulant « attraper les papas » pour capter leur oreille musicale, les seconds impressionnés (scotchés) par l’aisance de leurs petits à reproduire les sons. Polir les mélodies, retravailler à l’infini les harmonies, avec pour leitmotiv : « push it to the edge », aller jusqu’à la limite.
Hier chef d’orchestre, directeur et directrice d’équipes, aujourd’hui artisans, nous souhaitons ramener à la lumière l’histoire ordinaire du train et restituer aux vies minuscules toute leur grandeur.

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