Annuaire du labo

Ibrahima Sow

Doctorant.e

Contractuel.le


Sow Ibrahima

Thèse : "Analyse par une approche génomique des risques et vulnérabilités face à un envahisseur vertébré cosmopolite, le rat d'égout (Rattus norvegicus) : le contexte des changements d'infrastructures et des transports dans les villes et leurs périphéries au Nord du Sénégal", UGB, Sénégal

Les rongeurs sont connus pour héberger plus d’une soixantaine de maladies zoonotiques causées par des virus, bactéries, champignons, helminthes et protozoaires. Dans le monde, environ 400 millions de personnes sont touchées chaque année par ces zoonoses associées aux rongeurs. En outre, au moins 280 millions de cas de sous-alimentation pourraient être évités dans le monde grâce à une gestion efficace des populations de rongeurs réservoirs d'agents pathogènes ou ravageurs des stocks et des cultures. Par conséquent, la gestion des populations de ces rongeurs est un enjeu tant pour la sécurité alimentaire que pour la santé publique. Le nord du Sénégal est le siège de changements majeurs en termes d’infrastructure et de transports qui affectent les villes et leurs périphéries. Ainsi, depuis quelques années de grands travaux concernent les réseaux d’approvisionnement en eau potable (gérés par la SONES et la SEN’EAU) et les réseaux d’assainissement d’eaux usées (gérés par l’ONAS) dans plusieurs localités. En parallèle, cette région est le siège de modifications qualitatives et quantitatives des réseaux de transports, routier et fluvial, notamment des marchandises qui concernent la filière riz (par ex. une augmentation des bâtiments de stockages du riz avec dans la vallée en 2022 plus de 60 riziers et plus d'une centaine d’Unités de Décorticage Améliorées) et les filières agro-industrielles (sucre, maraichage, lait, etc.). Il est attendu que ces modifications socio-environnementales impactent directement les possibilités de transport accidentel et d’installation durable d’espèces exotiques envahissantes, dont certaines auront des répercussions économiques et sanitaires majeures sur les populations humaines. Parmi ces espèces invasives, le rat d’égout, Rattus norvegicus, est un vertébré cosmopolite originaire d’Asie qui s’établit dans les principales villes européennes au 19e siècle et qui fut introduit au Sénégal à l’époque coloniale. Dans de nombreuses parties du globe, ce rat figure parmi les espèces exotiques envahissantes les plus opportunistes. Il y est bien connu pour les risques sanitaires, l’impact sur la sécurité alimentaire et l’augmentation de la vulnérabilité qu’il engendre sur les populations humaines. Jusqu’à récemment, en Afrique subsaharienne la distribution du rat d’égout était encore limitée, considérée comme restreinte aux grandes villes portuaires. Néanmoins, il existe à court et moyen termes des risques avérés d’expansion de son aire de distribution en dehors de ces habitats urbains portuaires. Nous avons ainsi récemment documenté son expansion préoccupante, fulgurante et incontrôlée au Mali (en 2000-2002 dans les villes et cultures des sites agro-industriels de la Zone Office du Niger). Au nord du Sénégal, la présence du rat d’égout est avérée au moins depuis les années 1970 dans la ville de Saint-Louis et depuis 2012 dans celle de Podor, et il est à craindre que son expansion vers les villes de la vallée du fleuve Sénégal, ne soit qu’une question de temps si aucune mesure de surveillance, de prévention et de gestion durable n’était mise en place. La croissance urbaine rapide et incontrôlée que connaît actuellement les villes de la vallée du fleuve Sénégal exacerbe les interactions entre les humains et les rongeurs, induisant des risques zoonotiques importants, mais largement sous-estimés.
Cette thèse de doctorat propose de (1) faire un état des lieux de la distribution et de la structure des populations de rat d’égout dans principales villes sahéliennes de la basse vallée du fleuve Sénégal (Saint-Louis, Ross Bethio, Dagana, Richard-Toll, Podor) et leurs périphéries, (2) étudier, via une perspective interdisciplinaire, les facteurs socio-environnementaux associés au risque d’occurrence de cette espèce et aux vulnérabilités croisées des populations humaines, (3) identifier la présence d’agents pathogènes représentant un risque majeur en termes de santé publique (e.g. Hantavirus Séoul, helminthes gastro-intestinaux, Leptospira ssp., Schistosoma spp., Orientia sp., Rickettsia typhi), (4) documenter les mesures de contrôle des rongeurs qui sont jusqu’à présent mises en place par les acteurs locaux (services d’hygiène, municipalités, privés, etc.) et celles qui ont été proposées ou appliquées ailleurs en Afrique sub-saharienne dans l’optique de co-construire au Sénégal des actions de gestion environnementale adaptées localement, résilientes et durables.

Ce projet de thèse s’inscrit dans le cadre des grandes ambitions et des orientations stratégiques du Contrat d’objectifs, de moyens et de performance (COMP 2021-2025) et du plan d’orientation stratégique (POS 2016-2030) de l’IRD. Il s’agit de contribuer au renforcement de structures autonomes de recherche et d’enseignement au Sénégal et consolider l’articulation entre plusieurs dispositifs où l’UGB et plusieurs UMRs de l’IRD sont impliquées (par ex. BIOPASS2 convention de collaboration de recherche IRD-UGB-Cirad-ISRA). Les activités s’inscrivent dans le champ d’une science de la durabilité et s’articulent avec les défis prioritaires de l'IRD dans le cadre des CoSav Villes durables, OneHealth, Biodiversité, et Systèmes Alimentaires Durables. En termes de dispositifs structurants de l’IRD, cette thèse s’appuiera sur l’Observatoire ObsMiCE (Observatoire ouest-africain des petits Mammifères indicateurs des Changements Environnementaux, https://vimeo.com/280952095) et l’IRN WAN@BI (West African Network on Biological Invasions, 2023-2026, https://www.ird.fr/irn-wanbi-west-african-network-biological-invasions).
Ces travaux de thèse sont en accord avec le projet scientifique du LPED (2024-2028) et s’inscrivent notamment dans le contexte des projets de recherche AfriCam (initiative PREZODE), RoCoCity (Rodent Control in the City, Institut ExposUM), en interaction avec le Club Jeunes IRD « Rongeurs en ville » (www.facebook.com/groups/clubjeunesirdrongeursenville).