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Sociétés Environnement : Réflexions croisées sur les crises

Cinquièmes journées des doctorants du LPED - Université d’Aix-Marseille, 15 et 16 décembre 2011 - Amphi Charve - Centre Saint-Charles

Co-organisées par :
Audren Gwenaëlle, doctorante en géographie
Hagel Zoé, doctorante en urbanisme et aménagement
Joncheray Mathilde, doctorante en géographie

Références des Actes des Cinquièmes journées des doctorants du LPED

Ces journées, organisées par les doctorants du LPED, se sont déroulées à l’Université d’Aix-Marseille, site Saint-Charles les 15 et 16 décembre 2011.

Audren G, Hagel Z., Joncheray M., 2012, Sociétés-Environnement. Réflexions croisées sur les crises, 136 pages, LPED, Marseille

Comité d’organisation :

Comité scientifique :

  • Auclair Laurent, Chargé de recherche en géographie
  • Barthelemy Carole, Maître de conférence en sociologie
  • Bertaudiere Montes Valérie, Maître de conférence en écologie végétale
  • Claeys Cecilia, Maître de conférence en sociologie
  • de Miras Claude, Directeur de recherche IRD, économiste
  • Dorier Elisabeth, Professeur des universités en géographie
  • Lalou Richard, Directeur d’unité, chargé de recherche en socio-démographie
  • Mauffrey Jean-François, Maître de conférence en écologie
  • Mazurek Hubert, Chargé de recherche en écologie et géographie

Mise en page : Louis Arreghini, ingénieur géographe

© LPED ; UMR 151, IRD – AMU
Centre Saint-Charles, Case 10
3, Place Victor Hugo
13331 Marseille Cedex 03

Atelier 1 et 2

Atelier 3 et 4

Avant-propos

Avant-propos

Les Journées des Doctorants du Laboratoire Population Environnement Développement (LPED) sont l’occasion, chaque année, de permettre à de jeunes chercheurs d’organiser un évènement scientifique, et de faire le point sur une thématique. Cette expérience est toujours enrichissante, à la fois pour les doctorants qui peuvent ainsi se confronter au débat contradictoire, et pour le laboratoire qui valorise les travaux de ses étudiants.

Les JDD sont donc un moment important dans la vie du LPED.

Ce laboratoire, créé en 1984 par la réunion de démographes et d’écologues, a su développer une ligne de recherches basée sur la pratique de la pluridisciplinarité, sur la thématique des interfaces et interactions entre Population, Environnement et Développement. Nous essayons de centrer ces recherches sur les équilibres, les interfaces, les synergies, les ruptures, etc., entre les systèmes sociaux et les systèmes écologiques, et ceci depuis la question centrale du développement. Nous associons des disciplines variées, de l’écologie à l’anthropologie, en passant par l’agronomie, la sociologie, l’économie ou la géographie pour tenter de comprendre les déterminants du développement dans ces interfaces Nature – Société, que nous analysons sur diverses régions géographiques, au Nord comme au Sud.

Pour ces raisons, nous favorisons les projets sur deux écoles doctorales orientées vers ces problématiques interdisciplinaires, l’ED355 – « Espaces, Cultures, Société » et l’ED251 – « Sciences de l’environnement ». Les JDD sont ainsi l’occasion d’une première rencontre autour de l’interdisciplinarité et de la diversité géographique. Elles offrent aux étudiants un point de référence de leurs recherches, parmi un auditoire composé de doctorants et de chercheurs ou d’enseignants chercheurs confirmés, nationaux et internationaux.

Chaque année, nous tentons d’avoir un « regard croisé » sur une thématique ; croisement entre disciplines, entre pratiques et entre régions géographiques. Les JDD ont abordé des thèmes comme « approcher la nature », « approcher la ville », « santé, environnement, développement », et dans cette 5e édition, nous abordons le thème de la « crise », dans une réflexion croisée entre société et environnement.

C’est un thème complexe, difficile, car présent dans presque toutes les disciplines, mais également très galvaudé dans son usage. On le retrouve en santé (la crise de goutte au sens médical, mais aussi la crise épidémique qui suppose une interface avec les comportements de la société), en psychologie (la crise existentielle, mais aussi certaines formes de crises de société comme le rapport à l’autorité), en sciences politiques (la crise des institutions par exemple), en écologie (les crises de la biodiversité, du climat, de l’énergie, etc.), etc. La crise recouvre beaucoup de phénomènes qui sont à la limite ou souvent en rupture d’équilibre suite à des tensions, des incertitudes, des contradictions, etc. Ulrich Beck considère que la « crise que nous vivons est le résultat d’un antagonisme de la modernité avec elle-même ». L’intérêt de cette thématique réside dans le caractère de confrontation entre éléments. La crise n’est pas souvent le résultat d’une perturbation extérieure (nous parlons alors de risque), mais plutôt le résultat d’une confrontation entre deux, au moins, forces antagonistes entre systèmes, social, biologique ou écologique.

Les crises sont souvent des évènements complexes dont l’origine et les conséquences sont multiples. Plusieurs échelles d’analyse ou d’interaction sont possibles : du planétaire au local, individuel ou groupal, intra ou inter-systèmes ; les temporalités sont également variables : existence d’une période d’incubation ou crise latente, crise aiguë, crise structurelle, etc. L’analyse de la crise dans le cadre des changements globaux ou climatiques combine toutes ces échelles spatiales et temporelles.

La crise a donc une origine, qu’il s’agit de reconnaître ; elle a des caractéristiques, des paramètres d’antagonismes, de temporalité ; elle développe des conséquences, qu’il s’agit de prévoir et de maîtriser. Au centre du phénomène existe souvent un processus de régulation qui fait intervenir des notions et des concepts spécifiques comme résilience, recomposition, gouvernance, etc. Enfin la crise se gère ; étymologiquement d’ailleurs, la crise correspond à la décision et au jugement. Gérer une crise, c’est être capable d’effectuer un jugement pertinent sur les antagonismes qui la génèrent. En théorie de la décision, ce sont les niveaux d’information et surtout d’incertitude entre systèmes qui fondent la possibilité de gérer une crise. L’évaluation des différences entre l’avant et l’après crise est très significative de la complexité des systèmes mis en jeu et de leur capacité de résilience.

Mais la crise est aussi génératrice de mouvements, à toutes les échelles. Elle est donc génératrice d’une dynamique qui peut être « catastrophique » (dans le sens de la théorie du chaos) et aussi, selon beaucoup d’auteurs, être génératrice d’innovation.
On voit l’extrême diversité des approches possibles de la crise, et la complexité des interactions qui la composent. Les travaux des étudiants vont dans le sens d’une compréhension de cette complexité, car ils nous apportent des éclairages sur des situations et des processus spécifiques, et ainsi créent de la connaissance. La structure de ces JDD, partant de conférences introductives, donnant corps par des présentations thématiques et concluant autour d’une table ronde, permet une contribution très significative et constitue un excellent point d’appui pour la continuation du travail de thèse.

Je tiens à remercier les organisatrices de ces journées, Gwenaëlle Audren, Zoé Hagel et Mathilde Joncheray, qui ont su, malgré les difficultés, assurer une excellente qualité à ces journées. Remercier également les deux conférenciers, Luc Descroix et Pierre Commenville, pour avoir aimablement accepté de présenter leur point de vue. Remercier les modérateurs qui ont su assurer leur rôle de rapporteur des sessions et ainsi ont permis des débats extrêmement riches et intéressants. Les JDD prennent chaque année plus d’ampleur, et nous ne pouvons que remercier les doctorants-participants, qui constituent le cœur de cet évènement, pour l’intérêt qu’ils montrent dans cette démarche scientifique.

Hubert Mazurek, directeur du LPED

Introduction

Introduction

Les 5es Journées des doctorants du LPED ont été un succès. Offrant à de jeunes chercheurs d’horizons variés la possibilité de présenter leurs travaux devant un auditoire scientifique pluridisciplinaire, constitué de chercheurs et d’enseignants chercheurs, elles ont permis aux doctorants de s’aguerrir à l’exercice toujours difficile de la diffusion et de la valorisation de la recherche. L’actualité de la thématique retenue pour cette circonstance a offert à de nombreux intervenants l’occasion de se confronter à un large auditoire venu questionner les crises. Dans la logique de la pluridisciplinarité portée par le LPED, la diversité des approches disciplinaires était forte : droit international public, sociologie de l’environnement, sociologie de la culture, sociologie et démographie historique, mais aussi sciences de l’information et de la communication, géographie, anthropologie, écologie ou sciences politiques. L’origine des participants ainsi que leurs terrains de recherche (France, Méditerranée, Algérie, Italie, Pérou, Kurdistan, Congo...) ont également fait honneur aux regards Nord-Sud qui constituent la spécificité du LPED. De par la diversité tant des approches disciplinaires que des sujets traités, mais surtout de par la qualité même des travaux présentés et l’encadrement scientifique de ces journées, ces réflexions croisées sur les crises ont permis une grande qualité d’échanges scientifiques.

Une table-ronde de débats et de synthèse, animée par les rapporteurs, tous chercheurs au LPED, de chacun des 5 ateliers : Laurent Auclair (chargé de recherche IRD en géographie), Valérie Montes (maître de conférence en écologie), Jean-François Mauffrey (maître de conférence en écologie), Carole Barhélémy (maître de conférence en sociologie de l’environnement) et Élisabeth Dorier (professeur des universités en géographie), est venue clore ces 5es JDD. De cette conclusion nous avons souhaité faire une introduction, car s’en sont dégagés des liens entre les communications des différents ateliers, ainsi que des conseils pour les doctorants dont nous pensons qu’ils seront profitables à tous les doctorants – ce qui constitue bien l’un des principaux objectifs de ces journées.

Atelier 1 : Interrogation de la crise comme concept moteur.

Les communications proposées concernent la façon dont le concept de crises est créé, recréé et utilisé selon les contextes. Les crises nous projettent dans l’avenir, dans un monde en transformation… elles permettent la métamorphose des systèmes, et génèrent des innovations.

En droit international, les instances internationales prennent de plus en plus d’importance par rapport aux souverainetés étatiques. Dans ce contexte, la notion de crise et sa traduction tendent à faire émerger la figure de la société civile jusqu’ici absente de ces arènes (Marie Guimezanes). Dans le cinéma de science fiction, l’autorité, puissance dominatrice implicite aux contours incertains, est remise en cause par une individualité libérée (Léa Mestdag). Les questionnements sur l’autorité, le rapport à la nature, l’individu et le collectif sont donc au cœur de cette question des crises.

Atelier 2 : Acteurs et territoires, les crises comme révélateur de dynamiques, entre stratégie et attachement.

Cet atelier porte la réflexion sur les territoires et les jeux d’acteurs dans les situations de crise. Il met, entre autres, l’accent sur les stratégies de communications déployées par les acteurs, publics comme privés, (Marie-Nathalie Jauffret), avec comme horizon, au-delà des discours, d’étudier les effets sur les organisations, les rapports ou les faits sociaux. Les rôles grandissants des débats publics (Mikaël Chambru) et de la controverse scientifique (Lionel Scotto d’Apollonia) sont abordés ; scientifiques et société civile se confrontent de plus en plus dans ces débats et polémiques. Il questionne par ailleurs la permanence de l’enracinement local comme lieu de mobilisation (Kyra Grieco, Mikaël Chambru) et regarde comment différents registres d’engagements peuvent se traduire par des crises (Kyra Grieco). Le territoire apparaît comme vecteur multiscalaire mobilisé dans les situations de crise pour intégrer la société civile et dépasser l’implication strictement locale. Ici aussi, en réponse à l’atelier précédent, la question de la prise en compte et du lien entre le collectif et l’individu est posée.

Atelier 3 : 6e crise biologique ? Regards croisés sur la biodiversité.

Cet atelier fait un point sur la crise de la biodiversité dans laquelle nous nous situons. Les communications portent sur les réponses de la nature face à des changements induits par des comportements humains. Dans l’atelier 5, une intervention inverse ce regard et introduit la problématique sanitaire à travers l’étude des réactions sociales face à l’émergence d’une nouvelle espèce (Elise Mieulet).

Le regard des écologues montre comment des approches locales peuvent réinterroger des concepts plus globaux (notamment Angèle Bossu).

L’influence voire la responsabilité de la société y est questionnée à travers :

  • l’influence de l’urbanisation rapide et de la perte des espaces agricoles sur l’extinction d’espèces, nous faisant passer d’une crise biologique (homogénéisation biotique, Angèle Bossu) à une crise écologique générale (perte de la richesse et de fonctionnalités des écosystèmes, Natalia Rodriguez).
  • l’étude de la canne de pline (Laurent Hardion) comme du moustique tigre (Elise Mieulet, atelier 5), soulevant la question de la biodiversité souhaitée dans nos sociétés urbanisées. La notion de services rendus par la biodiversité est posée dans une dialectique qui se veut à la fois anthropo et écocentrée.

L’atelier questionne ainsi sociétés et aménageurs à différentes échelles : quelles politiques d’aménagement faut-t-il mettre en place pour préserver un espace et sa biodiversité (Laurent Hardion) ? Comment penser et mesurer l’influence des jardins urbains sur la biodiversité (Angèle Bossu) ? Quels peuvent être les impacts du changement climatique sur le fonctionnement des écosystèmes (Natalia Rodriguez) ?

Il questionne également les perceptions que les acteurs peuvent avoir d’un même sujet et les décalages qui peuvent exister entre les différentes représentations, les connaissances scientifiques et les choix des aménageurs.

Atelier 4 : les crises comme support de construction identitaire.

Cet atelier interroge les processus de construction d’identité et le rôle que les crises peuvent jouer dans cette constitution. Les exposés abordent cette question dans une vision diachronique et dynamique, à travers une analyse politique de l’histoire coloniale (Naïm Zaïdi) ou l’étude sociologique d’une société sans État (Zubeida Abdulkhaliq). Ils montrent l’existence d’interactions fortes entre crises et construction des identités, tout en analysant les rapports de force ou de pouvoirs et les recompositions qui se jouent à chaque étape. Ainsi, des opportunités politiques par exemple permettent à une identité localisée d’être portée comme une identité nationale…

Atelier 5 : les crises : comment ouvrir vers la résilience ?

Plusieurs questions sont soulevées au cours de cet atelier, à travers des terrains enrôlant des échelles variées : à partir de quand sort-on des crises ? A partir de quand peut-on considérer que l’on entre dans une phase de reconstruction et/ou de nouveaux équilibres ? Les difficultés posées par l’analyse de la résilience, sont abordées dans le cas de conflits armés à travers la question de la santé et de l’accès aux soins (Erwan Morand). Dans le registre sanitaire, les changements écologiques peuvent également intervenir et renvoient aux représentations, aux pratiques et à la rémanence des mémoires collectives (Elise Mieulet). Dans un tout autre contexte, l’analyse de quartiers urbains que l’on pourrait qualifier de « favorisés » permet de réinterroger les dynamiques urbaines en posant, sous un angle original, la question de la place accordée aux habitants et la manière dont celle-ci interfère avec des dynamiques économiques internationales (Nora Bouaouina). A travers ces interventions, il apparaît que l’étude de la résilience nécessite un travail à effectuer dans le temps long, ce qui pose des problèmes méthodologiques importants. La temporalité est donc au cœur de cette question qui, nécessitant beaucoup de recul, appelle une dynamique scientifique collective.

Le point fort de ces 5es JDD a été, du point de vue de tous les participants, la richesse de l’interdisciplinarité et la convivialité des journées.

L’ensemble de ces communications croisées a suscité une réflexion collective sur les méthodologies de recherche. En effet, à l’occasion de ces journées pluridisciplinaires, différents protocoles de communication scientifique ont été mis au jour. Si les sciences de l’environnement explicitent leurs résultats de manière prédéfinie, ce n’est pas toujours le cas en sciences sociales. S’est ainsi posée la question de savoir comment sortir du cadre de nos disciplines pour mieux se faire comprendre et transmettre. Dans cette optique, la table ronde de clôture insiste sur l’importance d’expliciter la méthodologie employée et de développer le cheminement scientifique ayant permis d’aboutir aux résultats affichés. A ce titre, parler des échecs et de ce qui n’a pas fonctionné paraît pertinent : les tâtonnements de la recherche ont un sens. L’expérience du terrain est également à développer. De la même façon, les sources des données et leur fiabilité sont à détailler. D’ailleurs, les limites que le chercheur peut énoncer sur la méthodologie utilisée permettent de mieux maitriser ses recherches et leur portée.

La question du positionnement du chercheur a ainsi été considérée, posant à ce propos une différence entre expertise et recherche ; spécifiant la posture du scientifique par rapport à la société civile et aux aménageurs, valorisant une curiosité scientifique qui diffère, sans lui prévaloir, de la curiosité journalistique. C’est en réalité l’éthique scientifique du chercheur qui est ici questionnée.

C’est ainsi un engagement des chercheurs envers une « Slow science » qui a été prônée, à l’opposé d’une science « Boite noire » dont seuls les résultats auraient de l’importance, aux dépens de la méthodologie et de la construction intellectuelle globale dont ils sont issus et dont leur sens dépend.

Nous terminerons cette introduction par la phrase de conclusion de ces 5es JDD, que Laurent Auclair nous a livré. Il s’agit d’une citation du dernier livre d’Edgar Morin, La Voie, (Fayard, 2011, 320 p) : « Toute crise porte en elle risque et chance. La chance est dans le risque, la chance s’accroit avec le risque. Là où croît le péril croit aussi ce qui sauve, mais la chance n’est possible que s’il est possible de changer de voie ».

Bonne lecture et rendez-vous pour les 6es JDD.

Gwenaëlle Audren, Zoé Hagel, Mathilde Joncheray

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