Accueil > Agenda > Séminaire : L’écologie humaine et le temps long

Séminaire : L’écologie humaine et le temps long

Vendredi 22 novembre

Séminaire organisé par la Société d’Ecologie Humaine en collaboration avec le LPED

22 NOVEMBRE 2019 – 14 h – 17 h
Marseille, Salle Biodiversité, LPED - Faculté Saint Charles - Bât. 8 Sciences Naturelles. 4e étage.

  • entrée libre et gratuite -

Pour toute information : societe.ecologie.humaine gmail.com

Personnel LPED impliqué

En posant la question du temps long dans le domaine de l’écologie humaine, nous souhaitons engager la réflexion sur les enjeux contemporains d’une approche historique des relations que l’homme (Homo sapiens) entretient avec son environnement naturel au cours des derniers millénaires (depuis le paléolithique supérieur par exemple) ; autrement dit sur l’opportunité d’inscrire l’écologie humaine dans une démarche historique sur le temps long, que l’on appelle « histoire écologique de l’homme » ou de manière plus savante « éco-anthropologie historique »...
Le vaste champ de l’écologie humaine historique a été abordé par plusieurs auteurs, notamment sous la forme d’essais synthétiques destinés à un large public dont certains ont récemment connu un succès planétaire : je pense à Jared Diamond (De l’inégalité parmi les sociétés (1997), Effondrement) et à la trilogie de Yuval Noah Hariri (Sapiens, une brève histoire de l’humanité (2015), Homo deus (2017), 21 leçons pour le XXIe siècle (2018)). Mais le défi avait été relevé par de nombreux scientifiques, des anthropologues (James C. Scott, David Graeber, Philippe Descola...), des philosophes (Roland Schaer...), des agronomes (Marcel Mazoyer...) ou des écologues (Gauthier Chappelle, Pablo Servigne...). La liste n’est pas exhaustive. Le courant de l’écologie humaine historique, fort représenté dans le monde anglo-saxon, est peu développé en France et mériterait de l’être davantage. L’histoire du rapport de l’humanité à la nature, l’histoire écologique de l’homme en tant qu’entreprise nécessairement pluri ou interdisciplinaire, reste en partie à documenter et à écrire.
La démarche scientifique de l’écologie humaine, telle que la Société d’Ecologie Humaine (SEH) l’entend, « se définit comme le champ d’interactions entre toutes les disciplines qui concourent à comprendre les relations (biologiques et culturelles) entre humains et environnements, dans toutes leurs dimensions (sociales, techniques, éthiques, affectives...) et selon toutes les échelles de temps (du passé au futur) et d’espace (de l’infiniment petit à l’infiniment grand) ». Non seulement cette définition comporte une dimension historique potentielle, mais celle-ci nous semble particulièrement opportune à développer à l’heure où l’humanité est responsable du changement climatique et de menaces sur la biodiversité à l’échelle planétaire, lesquels ont conduit certains scientifiques à qualifier d’Anthropocène la période actuelle. Comment l’humanité en est-elle arrivée là ? L’approche sur le temps long nous apporte certains éléments de réponse et notamment la possibilité d’évaluer l’impact respectif des évolutions biologiques et culturelles, d’analyser la capacité d’adaptation d’Homo sapiens et d’identifier des trajectoires socioécologiques à une échelle temporelle et spatiale pertinente.
Plus de 150 ans après l’œuvre révolutionnaire de Charles Darwin, la science nous en apporte chaque jour de nouvelles preuves. L’homme est issu de la nature. Il appartient au monde vivant et à la biosphère dont il reste étroitement dépendant à bien des égards. Seul notre héritage philosophique et religieux nous a longtemps conduit à refuser cette appartenance en nous pensant en dehors du monde vivant.
L’anthropisation, c’est à dire l’impact présent ou passé de l’homme sur son environnement, par l’exploitation des ressources, les rejets et pollutions, par l’aménagement et la transformation des milieux naturels (artificialisation, urbanisation et métropolisation), entamée à grande échelle dès le néolithique, atteint aujourd’hui un niveau inédit et sans précédent. En cette période charnière des relations entre l’homme et son environnement terrestre, l’approche d’une écologie humaine sur le temps long permet de poser des questions fondamentales et cruciales pour le devenir de l’humanité.
Le constat d’appartenance d’Homo sapiens au monde vivant continue aujourd’hui de déranger, et pas seulement les créationnistes. Il pose de nombreuses questions d’ordre épistémologique et philosophique notamment. Le dossier est loin d’être clos. Si l’homme appartient au monde vivant, doit-on remettre en question la série d’oppositions sur laquelle « notre mode de pensée », y compris scientifique, s’est construit : séparation entre nature et culture, naturel et artificiel, objet et sujet, corps et esprit... ?
Laurent Auclair – SEH

INTERVENANTS

Laurent AUCLAIR (géographe IRD/LPED), « L’écologie humaine et le temps long », la présentation sera appuyée par une projection de photos extraites de l’ouvrage « Paysages gravés du Haut Atlas marocain » et de l’exposition qu’il organise à Rabat - Maroc en novembre.

Ce que disent les paysages gravés sur l’histoire écologique de l’homme : l’exemple du Haut-Atlas marocain. L. Auclair, géographe IRD, LPED, SEH.
Dans les travaux d’archéologie du paysage dont nous inspirons ici, le paysage n’est pas seulement un décor. C’est la matrice spatiale dans laquelle les individus et les groupes humains ont inscrit, cartographié en quelque sorte, leurs modes de vie et de production, leurs relations sociales et leurs pratiques rituelles. De ce point de vue, les paysages rupestres (gravés ou peints) constituent une vaste archive qui recèle une mine d’informations permettant de documenter l’histoire des sociétés et des cultures, la dynamique sur le temps long des systèmes socioécologiques, en mettant en évidence les relations entre quatre principaux objets : les ressources - cynégétiques puis pastorales dans le Haut-Atlas -, leurs usages, les modalités d’appropriation (organisation territoriale, hiérarchie sociale), enfin les systèmes idéologiques et symboliques en présence. Il s’agira ici d’inscrire l’art rupestre dans la perspective globale d’une histoire écologique des sociétés pastorales amazighes (berbères).

Jeff MAUFFREY (écologue, LPED), « Temps long de la domestication ». La présentation se donnera pour objectif de décortiquer le processus de domestication dans sa dimension historique, géographique mais aussi et surtout écologique et évolutive. Il s’agira de comprendre les conséquences éco-évolutionnaire de ce mode d’interaction avec ces vivants transformés par nos usages et qui modifient nos conditions de vie et d’évolution.

Didier GENIN (écologue et pastoraliste, LPED), « Du temps long au temps rond dans le développement de l’arbre et la gestion de la forêt : chemins croisés entre humains et plantes ». Les arbres représentent les structures vivantes les plus vieilles de notre monde. Notre doyen est un pin rabougri âgé de plus de 5000 ans, qui vit dans un milieu difficile à plus de 3000 mètres d’altitude. Mais l’arbre n’est pas seulement un marqueur du temps qui passe ; il nous indique comment il passe, avec ses changements climatiques et les évènements qui le jalonnent. De plus, l’arbre vit souvent en groupes, constituant des écosystèmes forestiers aux propriétés particulières, à la fois sur le plan écologique et comme fournisseurs de ressources pour l’Homme et les sociétés qui en dépendent. Il s’ensuit des cycles de développement des peuplements et d’usages de la forêt où, là encore, la gestion du temps prend une place prépondérante. Nous illustrerons cette diversité à partir de cas remarquables où « Nature » et « Culture » s’entremêlent grâce à la gestion concomitante du temps long (qui s’écoule de manière linéaire) et du temps rond (qui présente des cyclicités de natures variées), pour revisiter les notions de « durabilité » et de « développement durable ».

DISCUTANT :

Alain FROMENT, anthropologue biologiste, SEH & MNHN - Paris.

À la une

OSU IRD Logo Labex Med MedLabex Fédération ECCOREV Mediter

Top