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Santé, environnement, développement. Regards croisés

Quatrièmes journées des Doctorants du LPED, 25 et 26 mars 2010, Université de Provence, Centre Saint-Charles

Co-organisées par :
GUILLEUX Céline, doctorante en sociologie, UP/LPED ;
MONG-THE Julie, doctorante en sociologie, UP/LPED

Renseignements : jdd4_lped yahoo.fr

Thématique : Santé, environnement, développement.

Dans les pays du Sud et du Nord, la question sanitaire se trouve au carrefour des notions, entendues au sens large, de développement et d’environnement. Ainsi, au confluent d’une volonté de croissance économique et de revendications de masse à l’accessibilité d’un système de soin de qualité, l’état de santé d’une population peut être facteur ou résultat du développement économique d’un pays. Cette relation peut prendre des formes diverses selon le contexte, l’époque, le pays. De même, les modifications de l’environnement peuvent agir sur l’état de santé d’une population et sur le développement d’un pays, le raisonnement inverse étant également possible. Face à ces la complexité grandissante des interrelations entre les différentes dimensions du développement, la présentation de travaux de thèse en cours ou achevés constitue un moyen efficace pour apporter un éclairage de ce que les sciences diront demain des rapports entre natures et sociétés et à l’aide des outils méthodologiques et théoriques qu’elles mobiliseront. Les doctorants sont invités à s’exprimer autour de trois grands axes de réflexion.

Axe 1 : Transformations des milieux, santé des populations

Axe 2 : Les politiques publiques face au triptyque Population, Santé et Développement

Axe 3 : Santé, environnement et Développement : recueil de données, outils évaluatifs et stratégies d’acteurs (le politique, le praticien, l’usager et l’expert)

Résumés et diaporamas des communications.

Axe 1 : Transformations des milieux, santé des populations.

Filipe ALÉSSIO, Doctorant en écologie, LPED, Marseille.

Parasites et maladies de micromammifères de la Forêt Atlantique du Nord-est brésilien : résultats préliminaires et enjeux de l’écologie de la santé.

Décortiquer la relation santé humaine et environnement peut se décliner sur trois grands axes interdépendants qui concernent la modification des écosystèmes et leurs implications en termes de santé humaine et santé animale. Cette communication est principalement axée sur l’écologie des micromammifères et des leurs ectoparasites et leurs conséquences potentielles sur la santé humaine en lien avec les dynamiques environnementales de la fragmentation de la Forêt Atlantique au Nord-est du Brésil.
Entre janvier 2008 et mars 2009, nous avons échantillonné six fragments de forêt présents en milieux urbains et ruraux de la Région Métropolitaine de Recife. Les micromammifères ont été capturés en 4 sessions de piégeage de cinq nuits consécutives dans chaque fragment.
Dans un effort total de 25.231 pièges/nuits, 431 micromammifères appartenant à 20 espèces (8 marsupiaux, 11 rongeurs et un lagomorphe) ont été capturés. Les individus ont été anesthésiés, puis mesurés et dépouillés de leurs ectoparasites. Des échantillons de sang et des fèces ont été collectés dans l’objectif d’analyser les eucaryotes, bactéries et virus sanguins ou révéler la présence d’helminthes dans les fèces.
Les analyses préliminaires sur le cortège de parasites rencontrés sur les espèces hôtes ont permis l’identification de trois espèces de tiques, l’une d’elles représentant une espèce relativement rare en Amérique du Sud, attestant que l’écologie des vecteurs de maladies potentiellement graves, comme la fièvre pourprée, est encore à ses balbutiements dans la région d’étude. L’étude de la charge parasitaire en fonction des individus et des espèces a permis de révéler le caractère agrégatif d’une espèce de tique au sein de sa principale population hôte, le rongeur Trichomys laurentius, confirmant les théories générales des relations hôtes-parasites et ce malgré le caractère très anthropique de ces milieux. Outre les résultats sur les ectoparasites, il a été montré que la bactérie Staphylococcus aureus était à l’origine des symptômes de mammite chez Didelphis albiventris, phénomène assez inhabituel chez les marsupiaux. Ainsi une des espèces les plus abondantes des fragments urbains s’avère être un potentiel réservoir et/ou vecteur d’une bactérie responsable d’infections potentiellement mortelles pour l’espèce humaine. La relation entre les modifications de la matrice paysagère et l’écologie des micromammifères hôtes d’agents étiologiques de maladies comme la leishmaniose, la leptospirose, la toxoplasmose et la sarcocystose, mérite donc d’être largement approfondie afin de comprendre l’émergence et l’écologie de nouvelles maladies humaines et animales.

Mots clés : micromammifères, tiques, maladies émergentes, Forêt Atlantique, urbanisation

Johanna LEES, Doctorante en anthropologie et sociologie urbaine, SHADYC, EHESS Marseille.

Délitement des « fonctions de l’habiter » et effets sur la santé : le cas de la précarité énergétique dans l’environnement urbain marseillais.

Ce travail vise plus spécifiquement à repenser les interactions entre santé et logement en milieu urbain dans un pays développé, à partir d’un travail ethnographique réalisé auprès de ménages vivant des situations de précarité énergétique.
La précarité énergétique, - catégorie de l’action publique émergente en France-, est définie ici par le fait pour un ménage d’éprouver des difficultés pour accéder à son propre confort thermique et à son hygiène quotidienne ; et/ou dans le fait de limiter certains postes de dépenses budgétaires répondant à des besoins primaires (alimentation) afin d’accéder à l’énergie. Phénomène polymorphe, elle recouvre une multiplicité de situations qui s’inscrivent dans des contextes d’habitats variés (squat, copropriétés dégradées, habitats insalubres, indécents, formes de logement interstitielles, logements sociaux, habitats privés, propriétaires occupants pauvres etc…). Les conséquences, en termes épidémiologiques, de la précarité énergétique ont été établies par les chercheurs en médecine : la littérature scientifique anglo-saxonne apporte les preuves d’un développement accentué des pathologies cardio-vasculaires, respiratoires et de la surmortalité hivernale chez les ménages en situation de précarité énergétique.
L’objet de cette communication ne vise pas seulement à décliner les conséquences épidémiologiques et sanitaires de la précarité énergétique sur la santé mais à repenser, les interactions entre le logement -en tant qu’environnement et espace habité- et la santé définie ici comme le « rapport du corps physique et psychique au corps social et politique » (Fassin 2000) à partir d’un point de vue anthropologique. Nous utiliserons la notion « d’habiter » en tant que processus de relation au monde et à soi-même, ainsi que les grandes fonctions à laquelle elle répond (protection, maintien de soi et de son identité, intimité, rapport à l’autre) pour penser les interactions précarité énergétique - santé. Nous montrerons ainsi de quelle manière le délitement des fonctions de l’habiter, conséquence de la précarité énergétique, a des incidences sur la santé en produisant des formes de souffrances sociales : quels effets l’incertitude de pouvoir honorer ses factures ou la honte de pratiquer l’hospitalité par manque de confort thermique ont sur le vécu des ménages ? Quel rapport entretient-on à soi-même et au corps social alors même que l’accès à l’hygiène est rendu difficile par les conditions d’habitation ? Quelles compétences développe t-on pour faire face à ces situations ? Comment des situations de précarité énergétique peuvent induire des formes de limitation d’accès aux soins ? Autant de questionnements sous-jacents, que nous étayerons à l’aide de notes de terrain recueillies auprès de ménages marseillais.

Mots clés : Santé, logement, habiter, précarité énergétique, environnement.

Marion VITTECOQ, Doctorante en écologie de la santé, Tour du Valat, GEMI IRD Montpellier.

Changements climatiques et maladies infectieuses émergentes dans les zones humides méditerranéennes.

Au cours des dernières décennies le poids des maladies infectieuses a augmenté dans de nombreux pays du fait de l’émergence de pathogènes. Les zoonoses issues de la faune sauvage représentent une menace croissante pour la santé publique, sans doute la plus significative parmi les maladies infectieuses émergentes. Cependant de solides ponts entre l’écologie et la médecine sont encore manquants. Les changements climatiques pourraient avoir des effets directs ou indirects sur les pathogènes, leurs vecteurs et leurs hôtes et ainsi avoir d’importantes conséquences pour la santé publique et vétérinaire. Actuellement la majorité des zoonoses et des maladies vectorielles sont endémiques des zones tropicales, mais ce tableau pourrait être modifié par les changements climatiques. Le bassin méditerranéen, à l’interface de plusieurs continents, est une région clé pour l’expansion des parasites à partir de l’Afrique et de l’Asie à la suite du réchauffement climatique. Il s’agit également d’un des points chauds de biodiversité mondiaux et d’une région présentant un fort potentiel d’introduction de nouveaux parasites. Les zones humides méditerranéennes concentrent la majorité de cette biodiversité, en particulier en ce qui concerne les oiseaux, considérés comme responsables de la large distribution géographique de diverses zoonoses. L’objectif premier de ce projet est de comprendre l’épidémiologie de deux pathogènes émergents associés aux oiseaux, les virus influenza aviaires et le virus West Nile, au sein de l’une des principales zones humides du bassin méditerranéen, en tenant compte des changements environnementaux et climatiques. Notre second objectif est de développer des modèles prédictifs des effets de la variabilité climatique et du changement des populations d’oiseaux migrateurs et des maladies associées à une plus grande échelle géographique, le bassin Méditerranéen. La pluridisciplinarité est un aspect clé de ce projet à l’interface de quatre équipes possédant une expertise dans le domaine des interactions hôte-parasite au sein des écosystèmes, de la caractérisation moléculaire des virus, et de la modélisation écologique.

Mots clés : Maladies infectieuses, Zoonoses, Changements climatiques, West Nile, Virus influenza aviaires.

Aude STURMA, Doctorante en sociologie et anthropologie, LMTG, LISST Toulouse.

Vulnérabilité sociale face au risque de pollution de l’eau et politique d’assainissement en contexte insulaire.

Jusqu’à présent les analyses sociologiques portant sur la gestion de l’eau se sont focalisées surles problèmes de rareté, de distribution et d’adduction de la ressource eau, au détriment du problème majeur que représente le manque d’assainissement et ses conséquences sanitaires et environnementales alarmantes. « Les maladies diarrhéiques tuent 1,8 millions de personnes chaque année. On estime que 88 % de ces affections ont pour origine un manque d’hygiène et d’accès à des sanitaires sûrs. » (rapport INWEH-2008). Si la constitution de l’assainissement comme un des objectifs majeurs du millénaire pour l’ONU participe à la visibilité de ce problème, cet objet reste encore trop peu investi par les sciences sociales.
Nous proposons d’étudier le problème de l’assainissement à travers l’analyse sociologique du changement social que rencontre l’île de Mayotte. Située dans l’archipel des Comores, cette collectivité territoriale d’outre mer connaît depuis une vingtaine d’années un changement social accéléré notamment dû à l’impact des subventions de l’état français. Ceci a pour effet d’exacerber ce qu’Ulrich Beck appelle les « effets induits latents » au développement des sociétés modernes, c’est-à-dire, le risque endogène. En effet, le développement accéléré de l’île (forte pression démographique, urbanisation anarchique...) a donné jour à la création d’unréseau de distribution d’eau potable mais la mise en place de l’assainissement des eaux usées reste difficile. Pourtant les enjeux environnementaux et sanitaires sont importants.
Aujourd’hui, seules 12 % des eaux du lagon et 46 % des cours d’eau sont en bon état (Rapport DAF 2009). Aussi la situation de péril fécal à laquelle est exposée une grande partie de la population préoccupe les acteurs institutionnels notamment au regard de la menace de la 7e pandémie de choléra.
Notre communication montrera en quoi, les sciences sociales, et plus particulièrement la sociologie, permettent de sortir du prisme de la technicité en interrogeant les facteurs institutionnels, politiques, sociaux, culturels, et économiques qui constituent un frein à la mise en place de l’assainissement à Mayotte. Nous décrirons les mécanismes de vulnérabilisation sociale et institutionnelle qui sont sous-jacents, à travers la présentation de nos premiers résultats de terrain. Ces résultats sont issus d’une part, du traitement statistiques d’un questionnaire regroupant différentes dimensions (usages liés à l’eau, perception du risque sanitaire et environnemental, mise en responsabilité, ...) et éprouvé sur un échantillon de 1000 individus et d’autre part de l’analyse d’entretiens semi-directifs réalisés auprès des acteurs institutionnels et des élus locaux.

Mots clés : Eau, assainissement, risque sanitaires et environnementaux.

Axe 2 : Les politiques publiques face au triptyque Population, Santé et Développement

Fatimazahra EL HAMDANI, Doctorante en anthropobiologie, Université Cadi Ayyad, Marrakech.

Morbidité et recours aux soins de santé maternelle des femmes de la ville de Marrakech : relations avec la migration et les facteurs socio-économiques et bio-démographiques.

Au Maroc, le taux de mortalité maternelle est largement plus élevé par rapport à d’autres pays de même niveau socio-économique, avec une nette disparité selon le milieu de résidence et le niveau de vie. La prise en charge du problème de la mortalité maternelle nécessite le recueil des données sur de la morbidité maternelle sévère dont elle découle, la détermination des facteurs de risque de la morbidité maternelle et les types de recours des femmes aux soins de santé préventifs et curatifs. Nous présentons dans cette étude, l’analyse de la morbidité maternelle et de l’accès aux soins de santé dans la ville de Marrakech en relation avec l’urbanisation et quelques facteurs qui lui sont liés et dans le contexte de transition socio-économique et culturel vécu. Pour ce faire, nous avons réalisé, en 2008, une enquête auprès d’un échantillon aléatoire de1712 femmes au niveau de 15 centres de santé de la ville de Marrakech à l’aide d’un questionnaire standardisé. La comparaison des femmes de l’enquête sur des facteurs de différenciation socio économique (instruction, professions, habitât, etc.) montre des différences hautement significatives entre les femmes nées en milieu urbain et les deux autres sous groupes de femmes nées dans le rural. Les femmes ayant migrées avant mariage présentent une position intermédiaire.
L’analyse des consultations prénatales a donné les taux suivants : 90,9 % des femmes urbaines ont consulté pendant leur grossesse. Ce taux n’est que de 86,1 % pour les femmes migrantes avant mariage et de 84,2% pour les femmes migrantes après mariage. Des résultats similaires ont été obtenus pour les taux d’accouchement en milieu surveillé. En effet, ces taux sont respectivement 89,3% pour les femmes urbaines, 86,6 % pour les femmes migrantes avant mariage et 84,2 % pour les femmes migrantes après mariage. Ces différences d’accès aux soins se traduisent par des différences de taux de morbidités maternelles sévères qui varient dans la même direction.
L’analyse de la relation entre la morbidité maternelle sévère et les caractéristiques biodémographiques reconnus comme étant des facteurs de risque potentiels (poids, taille, parité, âge à la 1re maternité et antécédents mort-nés) a donné une corrélation positive, plus particulièrement avec la taille et le poids. Le faible recours aux soins de santé préventifs chez les femmes migrantes après mariage s’explique par leur situation socio économiques et culturelles désavantagées. Malgré ceci, il faut signaler que leurs taux de recours aux soins pendant la grossesse et l’accouchement dépassent de loin ceux des femmes vivant toujours en milieu rural qui sont respectivement de 48% et 38 % selon ENSF 2004. Ceci souligne l’importance de l’urbanisation dans le changement des comportements des femmes liés à la santé.

Mots clés : Migration, Urbanisation, Marrakech, Morbidité maternelle, Accès aux soins.

Karna Georges KONE, Doctorant en économie de la santé, LPED, Dakar.

Analyse des déterminants socio-économiques individuels et contextuels de l’accès aux soins dans l’agglomération de Dakar

L’accès aux soins de santé est incontestablement un phénomène social, économique et politique et, par-dessus tout un des droits fondamentaux de l’homme. L’accès équitable aux soins, dépend largement du type de système de santé, de son organisation, et de son mode de financement.
En effet, les politiques de soins menées en Afrique ont généralisé la tarification des actes médicaux et la vente des médicaments, depuis les soins de bases jusqu’aux soins hospitaliers. Ceci a eu pour conséquence une augmentation des inégalités devant l’accès aux services de santé, selon certaines études (Akin, 1986 ; Audibert, 1999 ; Juillet, 1999 ; Mariko, 2002). La plus part de ces études ont utilisées des modèles centrés sur les décisions et les choix des individus sans tenir compte de l’influence du contexte. L’objet de notre étude est d’étudier les déterminants de la demande de soins. Plus particulièrement, nous nous demandons i) si le facteur économique est un obstacle ou pas au recours aux soins de santé moderne des enfants de 2 à 10 ans en cas de fièvre dans un contexte où le traitement antipaludique est subventionné , ii) si le réseau social permet de favoriser l’accès aux soins
Les questions que nous nous posons sont :

  • les ménages riches ont-il plus accès aux soins modernes que les ménages pauvres ?
  • l’accès aux soins modernes est-il plus important si le ménage habite un quartier pauvre ou un quartier riche ?
  • l’accès aux soins modernes est-il plus important si le ménage habite un quartier à forte densité de structures de soins et à qualité perçue plus importante ?
  • l’accès aux soins modernes est-il plus important si la mère ou/et le père à un niveau d’éducation plus élevé, si la taille du ménage est plus petite ? Pour répondre à ces questions, nous nous appuyons sur le cadre conceptuel d’Andersen (Andersen, 1995). Ce modèle fournit un outil d’analyse puissant pour identifier et tester les relations causales entre l’accès et les facteurs individuels et environnementaux (Hani Guend, 2006). Les variables à expliquer dans notre modèle sont le recours à une structure de soins modernes et le recours à l’automédication moderne versus le non recours. Il sera nécessaire pour déterminer les niveaux de vie et de capital social de construire des index composites. Ces index sont construits en utilisant l’analyse en composantes principales. L’index de niveau de vie du quartier est construit à partir des données sur les biens collectifs (marchés, écoles, électrification, adduction d’eau, transports, évacuation des déchets ménagers). Celui des ménages est construit à partir des données sur les dépenses de consommation et les biens matériels possédés par les ménages. L’index de capital social du quartier est construit à partir des données sur la composition ethnique et religieuse des habitants du quartier, les nombres et types de groupements et associations, la solidarité perçue entre les habitants du quartier. Les données sont issues de l’enquête ACTU-PALU réalisée en 2008. Au cours de cette enquête, 50 quartiers, 2 952 ménages composés de 28 698 individus dont 7 413 enfants de 2 à 10 ans, ont été enquêtés. L’estimation du modèle se fera à travers une analyse multi-niveau (à deux niveaux), grâce au logiciel MLwiN. Mots clés : Demande de soins, fièvre, urbain africain, quartier d’habitation, analyse multi-niveau.

Alphousseyni NDONKY, Doctorant en géographie, Université Cheikh A. DIOP,Dakar

Mesure de l’accessibilité géographique de l’offre de soins de santé dans l’agglomération de Dakar

L’étude de l’accessibilité des formations sanitaires présente un enjeu de santé publique important. En effet, en permettant d’identifier les aires de faible accessibilité, elle fournit l’information utile pour le traitement des questions d’allocation des ressources sanitaires dans l’espace et le rétablissement de l’équité spatiale dans l’accès aux soins. Se pose alors la question de la mesure de cette accessibilité. Cette mesure a fait l’objet de nombreuses études qui pour la plupart, ne tiennent malheureusement pas compte de la taille de l’unité spatiale et de l’interaction spatiale entre les patients et les services de santé à travers les limites administratives (APPARICIO P., ABDELMAJID M. et al, 2008 ; LUO W. et WANG F., 2003 ; LUO W, 2004). Or, cette taille peut produire des erreurs d’agrégation qui affectent la précision de la mesure de l’accessibilité. Nous nous proposons de tenir compte de ces deux facteurs dans l’étude de la mesure de l’accessibilité de l’offre de soins dans l’agglomération de Dakar. Notre objectif dans cette étude est d’apporter plus de précision dans la mesure de l’accessibilité géographique de l’offre publique de soins primaires dans l’agglomération de Dakar.
Dans un premier temps, nous avons d’abord procédé à la mise en place d’un SIG dans lequel nous avons intégré les coordonnées géographiques des structures de santé et les données sociodémographiques issues du recensement général de la population et de l’habitat de 2002 de l’agglomération de Dakar à l’échelle du DR.
Dans un deuxième temps, nous allons utiliser la méthode des aires d’attraction flottantes à deux étapes (LUO W. et WANG F., 2003) qui tient compte de la variabilité de la distribution spatiale des effectifs de population à l’intérieur des limites administratives, à partir des données de population de petites unités spatiales, les DR. Elle tient également compte de l’interaction entre les patients et les services de santé à travers les limites administratives en faisant varier les rayons de cercle d’attraction théorique des unités spatiales (DR) et des structures de santé pour calculer les ratios structures de santé/population.
Cette étude va nous permettre de mettre en évidence, à une échelle spatiale très fine des variations des niveaux de desserte en offre de soins et de nombreuses zones de faible d’accessibilité.

Mots clés : Accessibilité, offre de soins, Dakar, district de recensement.

Ladislas NZE BEKALE, Doctorant en droit, Université de Grenoble, CERDHAP.

La commune urbaine et la santé en Afrique francophone : essai d’analyse comparée de l’effectivité de cette compétence au Bénin, au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal.

Dans un Etat décentralisé, afin d’assurer la meilleure prise en charge de la gestion de la vie courante des populations, la répartition des compétences entre l’Etat et ses différents démembrements à partir sur la base du principe de subsidiarité. C’est ainsi que les collectivités territoriales reçoivent certaines compétences qui tiennent compte de leur proximité avec les populations. La santé faisant partie des compétences transférées aux collectivités, particulièrement aux communes urbaines, qui sont les niveaux de décentralisation les plus proches des citoyens, il opportun d’évaluer la prise en charge de cette compétence. En effet, la problématique de l’effectivité étant récurrente comme celle de la santé en milieu urbain, il donc opportun de mettre en évidence l’organisation et l’effectivité des attributions communales en Afrique francophone. La question que l’on peut se poser à ce niveau, est celle de savoir comment s’organise la gestion des attributions sanitaires par les communes urbaines en Afrique francophone ? Pour comprendre cette organisation, il faut rappeler l’organisation de la décentralisation dans pays concernés par ce projet, et déterminer les principales compétences, notamment la santé et ses modalités de gestion par la commune. A la suite de la définition de cette compétence, il conviendra de déterminer les modalités d’exercice des compétences qui nécessitent un transfert de ressources, humaines, matérielles et financières. Conditions sans lesquelles, il serait inconvenant de parler de décentralisation et encore moins de gestion des attributions sanitaires par la commune. La comparaison, entre la situation des pays que nous avons choisi devrait mettre en évidence, non seulement des différences entre Etats, mais aussi d’établir une meilleure prise en charge de cette compétence d’un pays à un autre. Et, définir les difficultés qui entravent éventuellement une véritable prise en charge par la commune de ses attributions dans le domaine de la santé.
Méthode de recherche :
a-Méthode juridique Cette méthode est la première à laquelle nous aurons recours, il s’agira d’une analyse des textes constitutionnels et, des conditions de leur édiction, des interprétations et de l’application qui en découlent. Cette méthode devrait d’abord s’en tenir au droit qui ressort des constitutions en place dans les pays concernés par notre sujet. Etant donné que notre sujet est ouvert à d’autres disciplines, il conviendra « d’étudier les circonstances, la conjoncture, les rapports de force dont la règle de droit n’est souvent que le résultat ». « Pour comprendre le droit, il faut connaître le milieu social, économique et politique ». Pour une meilleure appréhension de notre sujet nous allons donc élargir notre méthode de recherche à d’autres comme la science politique ou la sociologie.
b-Le droit comparé Le but est de comparer les Constitutions des Etats concernés par notre sujet. C’est donc « une confrontation de plusieurs ordres juridiques dans leur esprit et dans leur style, ou encore la confrontation d’institutions comparables relevant de plusieurs ordres juridiques différents ». Cette méthode permettra de mettre en évidence, les similitudes et les différences.

Mots clés : Santé, commune urbaine, décentralisation, compétences.

Julie MONG-THE, Doctorante en sociologie, LPED Marseille.

La régulation de la fécondité par l’avortement au Viêt-Nam : enjeu de développement économique et stratégie de santé publique.

Depuis l’ouverture économique du pays en 1986 avec la politique du « Doï Moï », le Viêt-Nam base sa stratégie de développement sur une internationalisation de ses échanges afin de pouvoir s’imposer sur la scène mondiale. De fait, au sortir de la guerre impliquant les Etats-Unis, la réunification du pays en 1975 marque le pas du Viêt-Nam vers une nouvelle orientation, une volonté politique affichée de rayonner en Asie et au-delà. Le gouvernement socialiste a alors été confronté à un problème de croissance démographique très rapide depuis le milieu du 20e siècle, apparu comme obstacle majeur au développement économique du pays.
La maîtrise de la fécondité est alors passée dans les mains du politique, de la sphère privée privilégiant les familles nombreuses à la sphère publique qui légifère en 1989 pour une limite de deux enfants par couple. Plusieurs mesures légales, décrets et ordonnances successifs, en viennent à prescrire une nouvelle norme procréative : un premier enfant après le mariage qui lui même survient plus tard, du à l’allongement des études, le deuxième et dernier enfant arrivant environ 3 ou 5 ans plus tard. S’écarter de cette norme est souvent synonyme d’avortement, en effet, une grossesse survenant hors du cadre légitime du mariage ou suivant deux naissances est souvent qualifiée de « non-désirée » et le recours est alors l’avortement. Facile d’accès, ce moyen de régulation de la fécondité permet de juguler les déficiences de la contraception, moyen de prévention par excellence lorsque l’information est ciblée et largement diffusée et accessible par tous, y compris les jeunes non-mariés, ce qui n’est actuellement toujours pas le cas dans le pays.
Dans ce contexte, face à une nouvelle génération de jeunes Vietnamiens sensibilisés par la culture occidentale dont l’accès est considérablement facilité par l’Internet et la télévision, les enjeux de développement du pays sont considérables. Les nouvelles modalités d’entrée en sexualité tendent vers une augmentation des relations sexuelles entre jeunes, souvent étudiants, ayant peu accès à une information contraceptive ciblée et complète, ce qui entraîne une montée des recours à l’avortement. En terme de politique de santé et de développement social, économique et démographique, la question de la diffusion de l’information contraceptive et de ses conditions de diffusion, ainsi que la stabilisation puis la réduction du nombre d’avortements, sont des enjeux majeurs et de plus en plus questionnés par le gouvernement Vietnamien.

Mots clés : Politique publique, avortement, développement, ouverture économique

Axe 3 : Santé, environnement et Développement : recueil de données, outils évaluatifs et stratégies d’acteurs (le politique, le praticien, l’usager et l’expert)

Céline GUILLEUX, Doctorante en sociologie, LPED Marseille.

Du technique au politique : discours, acteurs et instruments scientifiques dans l’élaboration de normes en matière de qualité de l’air intérieur

Ma communication concerne la participation des discours scientifiques, de leurs producteurs et de leurs instruments à l’élaboration des normes en matière de qualité de l’air au sein d’espaces clos (logements, bâtiments scolaires, transports…). La thématique de la « qualité de l’air intérieur » mobilise une pluralité de disciplines scientifiques (pneumologie, chimie, toxicologie, biologie, sociologie, épidémiologie, métrologie) et des acteurs professionnels (médecins, conseillers en environnement intérieur, architectes, constructeurs, producteurs de matériaux…) dans un contexte de recherche de sobriété énergétique et d’interpénétration entre questions de santé publique et questions environnementales.
Ma communication est basée sur des entretiens, des colloques, des lectures spécialisées et des rapports parlementaires. Je m’appuie également sur ma participation à un groupe de travail pluridisciplinaire et interprofessionnel qui a pour objectif la création d’un référentiel de la qualité de l’air intérieur pour les bâtiments méditerranéens. Je montre en quoi les représentations sociales et les rapports de force dans lesquels ces chercheurs sont engagés (reconnaissance, obtention de budgets, défense de postures théoriques et philosophiques etc.) et les instruments qu’ils utilisent (mesure de polluants, cartographie) participent à la construction et à la publicisation de ce « problème » et aux choix des « solutions » apportées. La référence scientifique passe pour une garantie de leur gestion rationnelle et « transparente » comme si les normes régissant le quotidien des individus étaient d’autant plus légitimes et incontestables qu’elles correspondraient à l’état des connaissances scientifiques. Le pouvoir symbolique de définition du réel des scientifiques en fait des acteurs particuliers du changement social.
Nous émettons l’hypothèse que la méthodologie distinguant l’évaluation scientifique des risques (risk assessment) et leur gestion (risk managment) développée aux Etats-Unis dans les années 1980 devenue par la suite le standard pour les institutions européennes et françaises en matière de santé et d’environnement, a institué un rapport entre sciences et une certaine demande sociale légitimé.

Mots clés : normes, sciences, santé, environnement, air intérieur.

Laure REYMOND, Doctorante en sociologie, LAMES, Aix-en-Provence.

De l’examen d’une action publique de santé à l’analyse des différenciations de pratiques professionnelles.

Cette communication présente les premières ébauches d’un travail de thèse. Dans un premier temps je pars de la présentation concrète d’un dispositif d’action de santé publique pour décliner dans un second temps une série d’interrogations qui en découle et qui soulèvent un certain nombre d’enjeux scientifiques.
Il s’agit de l’action publique décentralisée qui vise à encourager la création de structures de soins particulières : les Maisons médicales de garde (MMG) et les Maisons de santé pluridisciplinaires (MSP). Les MMG sont des espaces qui offrent en priorité des soins aux heures de la Permanence des soins (PDS) en accueillant des médecins de garde d’un secteur alternativement. Ce dispositif vise à assurer une prise en charge ambulatoire des petites urgences aux heures et dans les territoires où celle-ci fait défaut, ou pour désengorger un service d’urgence. Les MSP sont des cabinets libéraux où exercent différents professionnels de santé implantés dans des zones, rurales ou urbaines, où l’accès aux soins est défaillant ou risque de l’être.
Le dispositif public d’incitation à la création de ces structures procède d’un subventionnement public variable après l’examen des projets sur la base d’un cahier des charges, et d’un éventuel renouvellement sous contrainte d’une évaluation périodique. La réception des dossiers comme la gestion des fonds sont organisées à un niveau régional, et relèvent encore de la compétence de l’Union régionale des caisses d’assurance maladie (URCAM), avant que l’Agence régionale de santé (ARS) ne prenne le relais. La mise en œuvre de ce dispositif laisse entrevoir différentes logiques d’acteurs qui s’entrecroisent : la logique de l’URCAM, gestionnaire des fonds et garant du respect du cahier des charges ; la logique des professionnels de santé porteurs d’un projet de création d’une structure de soins et qui sollicitent l’URCAM au cours d’une recherche de financements ; la logique de certains élus locaux qui sont les initiateurs d’un projet de structure de soins pour leur territoire de compétence. Au-delà de leur participation à un dispositif de santé publique, ces différents acteurs prennent part à un mouvement plus large de recomposition des formes organisationnelles des structures de soins libérales. En effet, il semble nécessaire de replacer les MMG et les MSP parmi une déclinaison de formes organisationnelles qui composent avec un certain nombre de modifications sociologiques des professions de santé : le développement de l’exercice de groupe qui permet à une profession médicale de plus en plus féminisée d’aménager différemment ses temps de travail, tout en relevant le défi d’une concurrence accrue dans les pôles urbains en optimisant la prise en charge des patients ; le développement de l’activité libérale de certaines professions paramédicales jusque là davantage cantonnées au milieu hospitalier. Aussi, MMG et MSP côtoient, dans le paysage des soins ambulatoires, des structures qui allient, sous des combinaisons très variées, exercice de groupe, pluridisciplinaire ou non, offre de soins étendue, amplitude horaire élargie, accessibilité facilitée. Le dispositif public à l’origine du développement des MMG et des MSP semble contribuer à la diffusion, parmi d’autres voies, de modèles de formes organisationnelles qui soulèvent un certain nombre de questions intéressant la sociologie.
Il semble tout d’abord y avoir là une voie pour l’analyse des différenciations des pratiques professionnelles : pratiques de travail organisées autour d’une division médicale du travail singulière (Eliot FREIDSON ) ; formes de rencontre rapides et ponctuelles avec les patients, proches de ce qui se fait aux urgences (Jean PENEFF ) ou dans les dispensaires. Cette analyse renvoie aux problématiques classiques sur la segmentation des professions telle que l’ont traitée les sociologues interactionnistes (Anselm STRAUSS notamment). Le développement des MMG et des MSP invite par ailleurs à une réflexion sur le statut indépendant des professions de santé, « écartelées » entre monopole d’exercice et emprise croissante du contrôle public sur leur activité.

Mots clés : MMG ; MSP ; action publique ; professions de santé ; exercice libéral ; pratiques professionnelles.

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