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A3 - DYNINDAMER

« Dynamiques sociales et spatiales des sociétés amérindiennes et afro-américaines contemporaines : Mexique, Colombie »

Responsable du programme : Olivier Barbary

Mots clés : Appartenance ethnique, Intégration/Ségrégation socio-spatiale, Mobilités, Recompositions territoriales, Pratiques et représentations sociales, Mexique, Colombie

Thématique(s) de recherche

Résumé

En Amérique Latine, après l’émergence depuis une vingtaine d’années de mouvements de revendications sociales et politiques noirs et indigènes, les « minorités ethniques » sont aujourd’hui des acteurs incontournables du développement local, en particulier là où leur poids démographique et leur dynamique migratoire sont importants. Les cas Du Mexique et de la Colombie sont particulièrement illustratifs de l’actualité et l’acuité du phénomène. Au Mexique, entre les recensements de 2000 et 2010, l’auto déclaration indigène a bondit de 6,1% à 14,9% de la population totale du pays ; de ce fait la population des ménages indigènes (p.m.i.) passe de 12,6 millions à 21 millions. En Colombie, au recensement de 1993, 1,5% de la population déclarait appartenir à la “communauté noire” ; en 2005, à partir d’une nouvelle question d’auto déclaration, combinant les critères d’appartenance culturelle et ethnique et d’apparence physique, le DANE estime à près de 11% du total national la population afro-descendante et à 3,5% la population indigène. Ces ‘vagues identitaires’ accompagnent, pour des secteurs entiers de la population, des changements démographiques et des mobilités spatiales, socioéconomiques et culturelles considérables.

On peut y voir à la fois une réponse à la perception de vulnérabilités individuelles et collectives liées aux crises de la globalisation – donc une initiative ou une stratégie de résistance face à elles, et l’affirmation nouvelle de citoyennetés indigène et afro descendante spécifiques, qui questionnent la société dans son ensemble. Où sont, géographiquement, socialement et culturellement parlant, ces nouveaux ‘afro-descendants et indigènes auto déclarés’ ? A quels processus sociodémographiques (urbanisation, migrations, restructuration des ménages, accès à l’éducation, etc.), quelles contraintes environnementales (pressions sur les ressources, déprise agricole, manque de force de travail, etc.) et quelles stratégies d’insertion économique, de revendications politiques ou culturelles, renvoie ce phénomène massif ? L’inflation des populations indigènes et afro-descendantes qui en résulte s’accompagne-t-elle ou non de changements dans la position sociale de certains groupes de population ? Quelles réponses les politiques publiques, et plus généralement les sociétés nationales, sont-elles appelées à donner à cette émergence sur la scène nationale de ‘minorités’ qui n’en sont plus vraiment et à quelle conditions ? Pour aborder ces questions en partant de la disponibilité croissante de données statistiques et anthropologiques qui qualifient les populations selon leur pratique(s) ou leur appartenance(s) linguistique, ethnique, culturelle, etc., et leur origine migratoire, nous proposons une approche pluridisciplinaire et articulée de plusieurs processus :

1) la mobilité spatiale et sociale et ses impacts sur la structuration du territoire et du peuplement, incluant le diagnostic de la ségrégation socio-spatiale des individus et des collectifs à diverses échelles géographiques (territoires national et international, routes migratoires, espaces ruraux et urbains) ; il importe particulièrement de reprendre la quantification, la qualification et l’analyse des flux à l’aune de leur réorientation massive ces vingt dernières années : baisse des migrations traditionnelles du rural vers l’urbain, augmentation considérable de la migration internationale et des migrations entre différents milieux urbains.

2) l’inégalité socio-économique et dans l’accès aux ressources (logement, emploi, services et plus généralement les diverses formes de capital matériel et symbolique), et la question des discriminations (sociales, ethniques, raciales, de genre, etc.) ;

3) la perception et la construction des identités nationales, régionales, ethnico-territoriales, socio-raciales, etc., en ce quelles déterminent des dynamiques culturelles et politiques nouvelles d’accès à la citoyenneté et à l’égalité des chances (intégration/segmentation).
4) de manière transversale, l’articulation de ces dynamiques démographiques, sociales et politiques avec leurs causes et conséquences environnementales au sens large : il peut s’agir d’impacts ou de déterminants écologiques ‘directs’, mais aussi des perceptions de l’environnement et de son évolution et des risques ou des opportunités économiques, sociaux, culturels, etc., qui lui sont liés.

En quoi les nouvelles formes de mobilité modifient-elles les contextes de la reproduction des populations et des sociétés locales ? Conduisent-elles à la convergence économique ou au creusement d’inégalités territoriales et environnementales anciennes ou nouvelles ? Favorisent-elles l’intégration des minorités ou confortent-elles leur exclusion par la ségrégation résidentielle et la marginalisation économique ? Ces mutations doivent être étudiées non pas seulement en tant que pratiques d’ajustement des acteurs aux conséquences de la mondialisation, mais parce qu’elles réclament de nouvelles politiques de développement spécifiques et localisées.

Méthodologie

Le programme reposera sur l’intégration de données provenant de diverses sources à diverses échelles : sources statistiques et cartographiques nationales et locales, enquêtes spécifiques sur échantillons représentatifs, observations qualitatives réalisées en divers points des espaces couverts par l’étude. L’analyse de cet ensemble doit mettre à jour les processus et les stratégies d’insertion résidentielle, sociale, professionnelle et culturelle des populations dans le contexte de leur migration ou de leur sédentarité. Nous aurons recourt à un appareil méthodologique diversifié selon les objectifs d’analyse. Pour la mesure des flux de population, la caractérisation des conditions d’insertion résidentielle et économique et l’analyse des différences sociales et économiques qu’elles génèrent, le recours aux techniques simples de la statistique descriptive et inférentielle (statistiques univariées et analyses factorielles, régressions logistiques, etc.) permettront un premier bilan sur une partie du questionnement. En ce qui concerne les typologies d’itinéraires et la description des pratiques résidentielles, professionnelles et familiales, les méthodes d’analyse typologique de données longitudinales qui ont été développées lors de programmes de recherche antérieurs seront appliquées (Barbary et Pizon Sarmiento, 1998, Estacio Moreno et al, 2004). Ces approches descriptives devront s’articuler avec celles, à portée plus explicative, visant la modélisation multi-niveaux des interactions entre données biographiques et facteurs contextuels. Enfin, les données relatives aux réseaux domestique et sociaux et aux perceptions et opinions des enquêtés devront également être traités par des approches spécifiques : techniques de caractérisation et classification des réseaux (Degenne et Forsé, 1994), techniques de statistique textuelle pour l’obtention de typologies de réponses (Lebart et Salem, 1993).

L’ensemble de la recherche privilégiera l’analyse de la mobilité spatiale et sociale au niveau micro des individus et des groupes familiaux, et sa mise en relation avec le niveau macro de la segmentation spatiale, environnementale et économique des espaces d’émigration et d’immigration. Dans cette démarche, chaque constat ou hypothèse statistique sera testé, articulé et interprété à l’aune des données sociologiques, anthropologiques et linguistiques disponibles ou acquises au sein du programme. Les produits attendus du programme seront essentiellement pluridisciplinaires et rechercherons la restitution des résultats auprès d’une audience large (responsables politiques, communautés indigènes et afro descendante, communauté scientifique et étudiante).

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