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4e Université d’été en sociologie/sciences sociales

Du 1er au 5 juillet 2013

Dominations et résistances

Texte d’orientation de l’Université d’été du RéDoc à Marseille

Dominations et résistances

Les dernières révolutions arabes ont fait resurgir de manière éclatante la force du collectif dans la remise
en cause de formes de domination et de pouvoir historiquement établies. L’individualisation croissante
des sociétés contemporaines rend cependant plus complexe l’analyse de celles-ci. Pour la sociologie, la
domination a longtemps constitué un principe de structuration de la société. Celle-ci était alors
majoritairement perçue comme étant organisée autour de quelques principes d’ordre hiérarchisés et
articulés autour de deux pôles, les dominants d’un côté, les dominés de l’autre, sphères quasi étanches et
aux intérêts opposés. La domination avait ses institutions : l’école, la famille, l’entreprise… ses corollaires,
la reproduction, par exemple. Les cadres d’analyse privilégiés s’appuyaient sur des oppositions nettes entre
classes sociales, peuples et élites, sociétés traditionnelles et modernes, ou entre détenteurs des moyens de
production et détenteurs de la force de travail, qui restent efficaces pour aborder nombre de luttes en
particulier dans les pays du Sud (mouvement des paysans sans terres par exemple). Cette conception
dichotomique a laissé la place à des visions plus complexes, plus fragmentées, à l’image même des
transformations qui ont traversé les sociétés depuis les années 1980, l’éclatement des principes d’ordre,
l’individualisation, la rhétorique de l’acteur et de l’autonomie…, combinés à l’attention croissante portée
par les sociologues aux interactions et aux phénomènes micro-sociaux. La domination a quitté la scène de
la sociologie générale dont, d’une certaine manière, elle est devenue un impensé. De nouvelles formes et
expressions de la domination conduisent aujourd’hui à revenir sur la notion, à renouveler les catégories de
pensée et d’analyse.

Les formes contemporaines d’expression de la domination apparaissent désormais plus diffuses, dans
leurs sources comme dans leurs cibles, plus intériorisées que coercitives, davantage distribuées que liées à
une position sociale, et se nourrissent également d’imaginaires. Pourtant, au coeur de ce questionnement
demeure l’enjeu du dévoilement non seulement de la façon dont une minorité s’organise pour imposer
son pouvoir mais aussi dont celui-ci est intériorisé et accepté comme légitime par le reste de la société ou,
à l’inverse, contesté et détourné. Il conviendra dans ce sens d’interroger la place que prennent de
nouvelles modalités de contrôle peu visibles et basées sur de nouvelles technologies.

Les rapports de domination s’expriment à travers des réalités sociales diverses. Le recours récurrent à la
performance individuelle et à son évaluation, que ce soit dans l’organisation du travail ou au sein de
l’institution scolaire représente une source inédite de domination qui s’accompagne d’une intensification
de la productivité, d’une précarisation des conditions de vie et d’un renforcement des inégalités sociales.
La domination masculine passe par des formes plus diffuses d’intériorisation, dont le principal
argumentaire est de transformer une situation asymétrique subie en choix consenti par les femmes. La
caractéristique contemporaine des logiques de domination semble ainsi se retrouver dans les dimensions
paradoxales de son expression. La valorisation de l’individualité, combinée aux notions de responsabilité
individuelle, de compétence, de choix, d’autonomie, en est un des principaux vecteurs.

L’expression des rapports entre dominants et dominés émerge aussi à une nouvelle échelle et ré-interroge
notamment les logiques de hiérarchisation inter-étatiques et régionales inscrites dans l’histoire
postcoloniale et dans les nouveaux partenariats qui les informent. Des formes de résistances, culturelles,
économiques, politiques, sociales et religieuses s’organisent, souvent de manière transnationale, et tendent
à modifier les interactions entre les individus et les Etats. Dans un même temps, les transformations de
l’appareil productif ont accompagné l’émergence de nouvelles classes dirigeantes. Celles-ci sont
transnationales et font reposer leur pouvoir sur un capitalisme financier et numérique difficilement
assimilable à un territoire ou à un groupe social constitué. L’imposition de leur pouvoir passe par des
réseaux d’influence mondialisés qui s’incarnent dans des institutions politiques et économiques déterritorialisées
et impersonnelles (Banque Mondiale, ONU, Institutions européennes, FMI). Les décisions
qui sont prises à cette échelle ont des répercussions quotidiennes sur l’ensemble des domaines de la vie
sociale. Cette situation a comme conséquence une perte de maîtrise des processus de décision, amenant
les acteurs à déployer des stratégies de résistance, d’adaptation qui ne sont pas nécessairement liées à une
conscience de la domination.

L’expression du pouvoir questionne aussi les formes traditionnelles d’organisation collective (de solidarité,
de protection sociale, ou de gestion des ressources) et de contestation (syndicalisme, association) au
regard de l’émergence de nouvelles mobilisations et entraides (Internet, réseaux sociaux…) ou
mouvements sociaux (altermondialisme, forums sociaux…).

Les catégories de résistance contemporaines s’organisent aussi dans des agirs individuels par le
développement de pratiques de refus au quotidien, comme par exemple les mouvements de « simplicité
volontaire » ou de « désobéissance civile » qui permettent à l’individu de combattre à sa manière un mode
de développement qu’il lui semble ne pas pouvoir remettre en cause autrement, ou encore le mouvement
des « indignés » qui regroupe différentes catégories d’acteurs dénonçant chacun à leur manière les méfaits
du capitalisme et le pouvoir de la finance. L’expression des résistances peut aussi prendre des formes plus
violentes d’expression davantage spontanées qu’organisées, renvoyant plus à un ressentiment qu’à la
désignation de responsabilités établies.

Programme des journées : programme Rédoc

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